TARN (FRANCE) - mineurs, mine, charbon, houille, lampes, etc..
Un article est paru dans la Dépêche du Midi daté du 10 septembre 2023 écrit par Vincent Vidal, journaliste venu faire témoigner Patrick Garcia, notre président de l'ASPICC.
Les tribulations indiennes des mineurs de Carmaux
Patrick Garcia, comme 30 autres mineurs du Carmausin, est parti durant trois ans former des Indiens aux nouvelles technologies dans un puits à 170 kilomètres de Calcutta. Une aventure inoubliable.
Patrick Garcia est resté fidèle à Blaye-les-Mines où il vit paisiblement. Il a commencé sa rude carrière de mineur de fond en 1976. Il sourit. « Quand on a été embauché, les anciens nous appelaient « les petits mineurs », car on travaillait avec beaucoup plus de mécanisation. » Les années passent. Patrick apprend le métier. « Bien sûr que ce n'est pas facile comme profession. Mais être mineur de fond, c'est avant tout la solidarité. Quand on descend, il n'y a plus de politique, de religion. On est tous unis.
Notre vie, elle est entre les mains des copains. » Au fil des années, le charbon n'est plus tendance (en France). Les plans sociaux s'enchaînent. « Ma femme ne voulait pas que je parte en Lorraine ou à Gardanne dans les derniers puits en exploitation. C'est là que l'on m'a proposé avec trente autres Carmausins et Blayais, de partir en Inde pour former les mineurs à la méthode de la chambre soutirée, inventée par un ingénieur d'ici. J'ai accepté ».
L'aventure peut commencer. Nous sommes en 1987. « Moi, j'avais déjà voyagé en découvrant une partie de la route de la soie avec ma femme. Pour d'autres, c'était la première fois qu'ils prenaient l'avion. Ils allaient s'apercevoir que Carmaux n'est pas le centre du monde. »
Le monde de Zola
Patrick Garcia est nommé sur le puits de Chhora (canton de Pendabeswar, Bengale occidental. Aujourd’hui, c’est une exploitation en découverte : Sonepur Bazari Coal Mine – Eastern Coalfieds Limited, filiale de Coal India Limited, située à Eastern Part of Raniganj Coalfields, W.B), à 170 kilomètres au Nord-Ouest de Calcutta.

Le petit village de Chhora près de Durgapur (West-Bengale)
« Je devais y rester 11 mois. Finalement, l'aventure a duré 3 ans. Cela n'a pas vraiment fonctionné comme on le voulait. »
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Photo de toute l'équipe devant le modeste chevalement du puits de Chhora (West-Bengale) en 1987. Debout : Patrick Garcia, un porion indien, André Fernandes, Michel Boudou, Bernard Rodriguez, Claude Romano, Pascal Lamoury, Jean-Charles Balardy, Hubert Bergamino, une journaliste du journal Le Monde, Jean-Marc Moutot, Pierre Calla.
Accroupis : Claude Staffoni, un technicien indien, Richard Kazinski, Patrick Marchois
L'arrivée est compliquée. Le matériel promis n'est pas là. « Il a fallu aller le chercher en train. C'est là que j'ai commencé à comprendre le fonctionnement, le pays.
À chaque entrée de gare, il fallait négocier et payer un pot-de-vin à la mafia locale. On n'était pas vraiment prêt à vivre ça. Ajoutons le poids très puissant des syndicats, de la politique. Le plus compliqué, c'était de gérer les castes. Des ingénieurs ne pouvaient donner d'ordre à certains intouchables. » Le travail se met en place peu à peu. « Il n'y avait rien là-bas. J'avais l'impression d'être immergé dans l'univers d'Emile Zola. Il faut tout reprendre, tout réinventé, leur apporter le XXe siècle. » Patrick et ses camarades commencent à mettre en place les nouvelles galeries et changer les mentalités.
Pas facile. « J'ai tout donné pour y arriver durant ces trois ans. Physiquement, j'étais épuisé. À trente ans, j'étais peut-être un peu trop jeune pour une telle expérience. Mais je voulais absolument que l'on réussisse. »
Il faut renforcer les boisages, mettre le puits aux normes pour augmenter sa production. « Il faut savoir qu'ils descendaient le matériel avec du bambou. Il n'y avait aucune aération. Ils creusaient le charbon avec des pics et le remontaient avec de vieux chariots.
Photo : Les mineurs indiens nouvellement chaussés mais avec des méthodes de travail très anachroniques pour l'époque (Photo mineurs d'Inde)
On a leur imposé de mettre des chaussures de sécurité. Mais ils les enlevaient dès qu'ils étaient dans la mine.
Pour connaître la teneur de CO2 dans la galerie, ils utilisaient un canari.
C'était certainement l'être le plus choyé du puits. »
Camion-chargeur qui va descendre au fond par le puits de Chhora

Le puits de Chhora
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On ne savait pas qu'il fallait bénir les engins. Les mois passent.
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Photo d'un camion chargeur Wagner dans une des nouvelles galeries du puits de Chhora.
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« - Tout, s'est bien passé avec les ouvriers indiens. Franchement. Bon, une ou deux fois, il y eut quelques tensions. »
- Lesquelles ?
- Un jour, un copain est avec moi dans la galerie. Il voit un serpent. - Qu'a-t-il fait ?
- Il le tue. En remontant, il y avait 600 Indiens en colère qui avaient bloqué la mine. Heureusement, cela s'est arrangé très vite.
Idem avec les engins. On ne savait pas qu'il fallait les bénir. »
Cette aventure industrielle a été hachée par de nombreux problèmes.
« Avouons que c'était dur. On a vu des Lorrains venir en renfort et partir au bout de trois jours. Puis, on a eu un incendie et trois morts durant la période où je suis resté. Je pensais qu'avec ces décès, cela allait très mal se passer. Pas du tout.
Les charbonnages ont trouvé un travail en surface pour la veuve, une bourse pour les enfants. Important aussi, ils ont récupéré le bois nécessaire, c'est très compliqué en Inde, pour la crémation. »
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Patrick Garcia au centre de la photo avec les autres mineurs français.
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Repas dans une des cabannes autour du puits de Chhora avec Yannick Béteille à gauche, Patrick Garcia et Pascal Lamoury à droite.
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Les trois ans se terminent. La production, elle, est passée de 150 tonnes jour à 1500. Pour Patrick, c'est l'heure de rentrer.
« J'ai cru que j'avais échoué dans ma mission. Mais tous les responsables m'ont dit que c'était une réussite. »
Il continuera sa carrière professionnelle chez un fabriquant d'explosifs, puis reviendra dans son fief de Blaye-les-Mines, pour devenir directeur technique à Cap Découverte.
Notre ancien mineur de fond est retourné en Inde quelques années plus tard.
« La misère est toujours immense. La pollution s'est accrue et la mondialisation de l'économie est arrivée. Ils ont tous un téléphone portable. »
Reste que ce pays est inscrit à jamais dans la mémoire de Patrick Garcia, avec cette aventure difficile, âpre, dangereuse, mais hors du commun.
Article de Vincent Vidal, La Dépêche du Midi.

Patrick Garcia avec sa lampe de mineur indienne qu'il a utilisée dans la mine de Chhora en Inde.
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